Deux jours ont passé...
Plus tard, ailleurs...
Dans une boîte de nuit. LA boîte de nuit ultra-branchée. Il faut être millionnaire ou disque d'or pour y avoir son entrée. Ou connaître les bonnes personnes. Les dossiers de juriste de Cédric lui ont permis d'obtenir les faveurs de certains puissants, et pour cette nuit, cette boîte de nuit est SON territoire. Le sien et celui de David.
Percus martelées, ombres stroboscopées, l'odeur animale de la sueur se mélange à celle du champagne versé sur le corps des danseurs.
Ils ont dansé jusqu'à se noyer dans cet océan sonore, jusqu'à confondre le battement de leurs c½urs et celui du rythme des baffles. Jusqu'à s 'écrouler à leur table, souffle coupé.
Depuis deux jours, c'est le grand amour. Le vrai. Celui qui fait sourire quand on est tout seul. Celui qui fait hurler de joie dans la rue sans que ça n'ait d'importance...
La transpiration colle leurs chemises colorées. Les yeux dans les yeux, ils ne voient pas s'approcher le beau mec qui s'assoit à leur table.
David : Emile !
Cédric : Mais qu'est-ce que tu fais là ?
Emile : Oh... J'ai mes entrées un peu partout dans le coin. Mais je vous ai vu et je me suis dit que j'allais vous faire un petit bonjour... Alors, toujours aussi sexy, vous deux ?
Sous la table, Cédric a clairement senti la jambe d'Emile se coller à la sienne. Évidemment, il faudrait réagir, mais l'alcool, la fatigue... Et puis ça n'engage à rien...
Emile : Je vous ai vu danser tous les deux, vous êtes chaud-bouillants... Dites, c'est un peu loin, chez moi, j'ai bu pas mal, ça vous ennuie pas si je viens dormir chez vous ?
Cédric : Écoute, ça tombe mal, on a une canalisation qui a pété, sans rire ! l'appartement est une piscine. Rien que pour accéder à la cuisine, il faut un kayak et une bouée de sauvetage, alors ça va as être possible cette fois.
Emile : Dommage... Tant pis, la prochaine fois peut-être. Vous savez où me trouver...
Emile est déjà reparti, sa silhouette s'est perdue dans les ombres saccadées balafrées par les lasers.
David : C'était quoi, ça ?
Cédric : Il est che-lou, ce type... Ça se voit, non, qu'on est ensemble... A quoi il pensait ?
David : Ooh... Allez, on l'oublie, on rentre on va au lit, et peut-être même qu'on continuera la danse sous la couette...
Cédric : Coquinou...
Le bonheur... Mais alors, pourquoi ne pas pouvoir penser à autre chose que la chaleur de la jambe d'Emile contre la sienne ? Et à ce trouble qui ne le quitte plus ?
Ailleurs...
Un cabinet d'avocat. Le plus grand de Toulouse.
Marine vient de boucler un nouveau dossier. Une affaire complexe qu'elle a résolue brillamment. A tel point que la partie adverse s'est effondrée comme un château de cartes. Il va y avoir des félicitations pour ça. Des récompenses. Depuis le temps qu'elle vise la tête de la succursale Toulouse de ce cabinet, ça va enfin bouger...
Ailleurs...
Bertrand s'est replongé dans le travail. Ses mois d'absence doivent être comblés.
Heureusement qu'il y a ce nouveau cadre sous ses ordres, cet Alexandre, jeune, méticuleux, irréprochable, un vrai maniaque dans le travail. Et du travail, il y en a. Par dessus la tête. Il y a les affaires en cours, les contacts à l'étranger à renouer, les contrats à relancer, des transferts de fond à autoriser...
Pas le temps de penser à quoi que ce soit d'autre. Surtout pas au ruban qu'Anaïs a oublié chez lui et qu'il garde dans sa poche, enveloppé de son parfum...
Ailleurs...
Un cabinet d'avocat. Le plus grand de Toulouse.
La secrétaire passe timidement la tête dans le bureau de Marine.
Julie : Excusez-moi...
Marine : Oui, Julie ?
Julie : L'hélicoptère du Grand Patron vient d'atterrir sur le toit. Et on vient de me demander de décaler vos rendez-vous pour que vous le rencontriez dans dix minutes, dans la salle de Crise rouge.
Marine : Merci Julie, je m'y rends immédiatement.
Ça y est... Le Grand Patron. Qui vient pour elle... C'est le triomphe, l'apothéose, la consécration...
Ailleurs...
DRING ! DRING ! DRRRRRIIINNGG !
La nuit a été agitée pour Cédric. Ils ont continué à danser jusqu'à l'appart' et David a tenu à lui montrer comment on danse le tango. Ça s'est fini par terre dans la cuisine, et c'est là qu'il se réveille. A côté de David, et de deux bouteilles de champagne sèches. La bouche pâteuse et l'oreille DRING ! agressée. A peine le temps d'appuyer sur l'ouverture de la porte en bas pour que cesse le mal de crâne que déjà on tape comme un sourd à sa porte.
Cédric : Anaïs ? Mais... ça va pas de débarquer chez les gens à euh... 11 heures du matin ?
Anaïs : Ecoute Cédric... Salut, David ! (David rampe vers la chambre à coucher en grognant quelque chose d'intraduisible) Ecoute, Cédric. Je sais que tu es le meilleur ami de Bertrand, et que ça va pas fort en ce moment entre lui et moi. Mais là, j'ai besoin de toi, parce que je sais pas comment faire, et que...
Cédric : Oh là... Attends, assieds-toi, ma Chérie. De quoi tu me parles, là ? Ça doit pas être si grave que ça ? Tu vas pas te mettre à pleurer, non ? Parce que je te préviens, moi... Si jamais tu pleures, je deviens une vraie fontaine...
Anaïs reprend son souffle. Elle a pleuré. Beaucoup pleuré.
Anaïs : Voilà ce qui m'amène. Ma fille. C'est pour elle que je viens te voir.
Cédric : Attends, attends... Qu'est-ce que j'ai à voir là-dedans ?
Anaïs : Je veux récupérer sa garde, alors j'ai besoin d'un juriste, et je veux que ce soit toi, parce que je sais que toi, tu feras tout pour que je puisse la revoir. Tu te rends compte ? Ça fait trois ans que je ne l'ai plus vue...
Cédric : Oh laaaahhh... Attends, j'ai encore le nain qui tape dans le crâne... Je comprends pas tout. Pourquoi tu as perdu sa garde ? Pourquoi tu... ?
Anaïs : Crois-moi, Cédric, t'as pas envie de savoir...
Ailleurs...
Marine avance le long des couloirs vers la salle de Crise Rouge. Tous la regardent avec respect et admiration. Le Grand Patron est venu pour la voir, elle... Marine fait bien attention de rester imperturbable. A ne surtout pas montrer son exaltation.
Plus que quelques mètres, la porte rouge est devant elle, le Grand Patron l'y attend.
Ailleurs...
Dans le bureau de Bertrand, une petite lumière discrète s'est allumée sur son écran. Celle qui annonce que Stacy veut le voir au plus vite. La porte s'ouvre en claquant.
Bertrand : Hé, Stacy, t'as envie de cogner quelqu'un ?
Stacy : Bertrand, assure-toi qu'on soit pas dérangé, j'ai quelque chose de grave à te montrer.
Bertrand : Ce gros dossier que tu tiens ? Attends...
Bertrand appuie sur le bouton du communicateur.
- Clémence ? Décalez-moi les rendez-vous d'une demi-heure à partir de maintenant... Quoi ?... Qui ?... Non, dites-lui d'attendre, inventez un truc, n'importe quoi... Mais je sais pas, moi, c'est votre boulot... Bon, écoutez, s'il insiste encore, vous lui dites que je ne m'occupe pas de son dossier, et que jamais le préfet ne lui accordera son autorisation... Oui, je pense aussi que ça devrait le calmer...
Bertrand coupe tout et se tourne vers sa s½ur.
Bertrand : Vas-y, raconte...
Stacy : Avant de tout te raconter, je voudrai que tout soit clair... Toi et moi, nous savons comment ça fonctionne, ici... Et pourquoi tu as gardé ta place alors que tu étais dans le coma depuis trois mois, d'accord ? Bon, c'est vrai que lorsque tu es entré dans la boîte, tes campagnes de pub ont doublé le chiffre d'affaire sur ces opérations, il y a aussi ces contacts privilégiés que tu as avec ces clients au Japon et en Angleterre et qui ne veulent avoir à faire qu'avec toi... Et aussi tes ambitions de rachat de boîtes étrangères, et puis tes bénéfices en actions boursières... Mais toi et moi, nous savons comment ça se passe... C'est un monde de requins, et pour ces contacts, ces rachats d'actions, ces contrats qu'on te demande depuis l'étranger, ce sont des décisions qui se prennent en un instant, et il faut que la boîte puisse investir de l'argent instantanément. Il TE FAUT pouvoir investir de l'argent instantanément. Et c'est pour ça qu'existe cette caisse de fonds secrets depuis que la boîte a été créée.
Bertrand : C'est vrai que ça ne m'avait pas plu au début, mais depuis que nous sommes sur le marché international, nous n'avons plus tellement le choix... Mais pourquoi me parles-tu de ça ?
Stacy : J'y arrive... Tu sais comment je fonctionne ? Jamais confiance en personne, tout ça ?...
Bertrand : Oui, tu as un dossier archivé sur toutes les personnes que tu croises. Je suis sûr que tu es mieux informé sur certaines personnes de cette boîte que ne le sont les services secrets...
Stacy : J'ai des dossiers sur tout le monde, c'et vrai. Je n'aime pas être prise au dépourvu, et je peux déboulonner n'importe qui de son siège ici avec tout ce que j'ai en archives... C'est vrai qu'on est doué dans nos boulots, mais ça sert d'avoir des bandes enregistrées sur les uns et les autres au cas où le conseil d'administration se demande si on va virer mon grand frère ou non...
Bertrand : Quoi ? Qu'est-ce que tu racontes, là ? Stacy, tu...
Stacy : Attends, écoute plutôt ce que j'ai découvert... Ton Alexandre, là, celui qui te fait un travail si méticuleux, si parfait... En tant que chef des Ressources Humaines, j'ai enquêté sur lui...
Bertrand : Laisse-moi deviner, tu enquêtes sur un cadre brillant et plutôt beau gosse...
Stacy : Bon, c'est vrai qu'il est craquant à mourir, je dis pas que je pensais pas à autre chose en faisant mon enquête, mais regarde ce dossier... S'il est aussi pointilleux, précis, c'est parce qu'il est affilié au Corps d'Investigations et de Recherche des entreprises en fraudes ! Ce type, s'il est là, c'est pour enquêter sur la caisse noire de l'agence !
Ailleurs...
Marine pousse la porte et entre.
Dans la pièce aux murs rouges, derrière l'immense table en marbre italien, le Grand Chef l'attend. Elle s'avance vers lui, et il lui sourit. Ils se saluent.
- Ma chère, vous êtes de l'étoffe des meilleurs. Vos succès juridiques sont élégants, et surtout, ils écrasent nos adversaires. Vous êtes sans pitié, et qui plus est une fort jolie demoiselle...
Cela fait quelques temps que je vous ai à l'½il, depuis le centre parisien. Vous êtes une battante, et vous avez tout pour arriver au plus haut des sommets de cette profession. Votre dernière affaire a été menée de façon particulièrement exemplaire, et de plus, la partie adverse était soutenue par un vieux grincheux avec qui je suis en froid depuis plus de dix ans. Lui avoir rabattu son caquet me fit un plaisir que vous ne pouvez imaginer...
Et là, le grand Chef changea de ton.
- Et maintenant voilà pourquoi je suis venu ici, pour vous voir...
Il va y avoir bientôt un procès, ici. Dès que l'enquête sera terminée. Et on nous demande, de ne PAS perdre dans cette affaire. Comprenez-moi bien... Il s'agit d'une affaire en or, d'une affaire qui va nous assurer une grosse couverture médiatique... Le genre d'affaire qui peut faire d'une avocate assez douée la directrice de notre succursale de Toulouse. Mais pour cela, il faudra faire tomber des têtes... c'est bien compris ?
- Euh... Oui, mais, de quoi s'agit-il ?
- Oh, c'est du tout cuit, voici le dossier. Vous allez révéler au grand public la corruption, l'abus d'initiés, et toutes les malversations financières d'une grande compagnie de publicité, ici-même, à Toulouse...